I should be working #2

 

Suite de mes errances buissonnières. Pour une fois, il y aura une suite. Pour le moment… (adage CNV)

Aujourd’hui, je couvrais un déjeuner/rencontre autour de Guillaume Richard (PDG d’O2 Care Service), organisé par Isabelle Sthémer, du Club Dojo. N’ayant pas d’autre mission pour la journée, finissant donc ma journée de travail impératif à 14h30, je décide de profiter du reste de l’aprem comme je l’avais convenu deux jours plus tôt. Ma slackline sous le bras, je prends la direction des jardins du Palais Royal pour rejoindre deux amis, Benoît, premier adepte du temps hors travail (déjà cité dans le premier article), et Hanieh, ayant mis récemment un terme à sa collaboration la plus accaparante. L’objectif de Benoît, me voir et dans la mesure du possible, jouer les équilibristes à mes côtés. Celui d’Hanieh, récupérer des photos compromettantes et occuper son après-midi, vide d’occupation jusque là.

 

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D’office, je renonce à prendre le métro. Il fait beau, une légère brise court dans les ruelles du quartier de Saint-Germain et de la Monnaie, chassant le temps lourd de la matinée. N’étant pas sûr, je commence à regarder le temps de trajet sur mon portable, mais celui-ci refuse de m’indiquer le temps de marche. Soit, je lâche prise et m’en tiens à ma première intention, aller à pied. Je me dis que de toute façon, je ne suis pas pressé, et qu’un quelconque retard est sans importance, lorsqu’on décide qu’on a rien à faire. Pardon, je dis « on », quand je devrais dire « je ». Je poursuis donc, et atteint la Seine, et chose inhabituelle, je dégaine mon appareil photo. Je vois tout autour de moi des personnes que je soupçonne de ne pas travailler. Vrai ou pas, elles sont dehors, il est bientôt 15h, heure à laquelle, selon mes croyances, les « travailleurs » sont à leurs besognes, dans un bureau, un atelier, un studio photo, chez eux, dans un avion, où sais-je encore… bref, petite question au passage, le travail est-il lié à un lieu? Puis-je être sur mon lieu de travail et ne pas travailler? Alors que j’y réfléchis, je sens une fois de plus que dans mon esprit, la frontière entre travail et « le reste » est floue… A cette idée, la théorie des zones frontières remonte. S’appliquant à la géopolitique comme à la permaculture, elle veut que les zones frontières soient des éléments particulièrement riches et dynamique, réunissant des conditions favorables pour de nombreuses espèces(ombres et lumières, chaleur et fraîcheur), et créant des espaces d’échanges à l’intersection de deux mondes. Autour de moi, sur les bords de Seine, un homme prend du temps seul (peut-être attend-il quelqu’un), un jeune homme et une jeune femme rient ensemble tandis qu’une péniche passe le pont, deux femmes marchent,  entraînant devant elles une poussette dans un tunnel, deux jeunes femmes se rejoignent sous un saule-pleureur tandis que deux autres se séparent.

 

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Je traverse la Seine, décide d’ignorer ceux que je soupçonne « touristes » aux abord du Louvre. Pourquoi? Pourtant, ils ne travaillent pas? Certains ont même une attitude de flâneurs plutôt que de touristes empressés… Mais je sens ces êtres animés d’une frénésie de faire et de voir, peut-être un peu de FOMO (Fear of missing out something) sous tendant leur comportement. Je me rends compte que je ne veux pas que mon temps « non-travaillé » soit un temps de vitesse, d’empressement. Je ralentis, et souris à la vue des siestes sur la pelouse rase des Tuileries. Arrivé dans les jardins du Palais Royal, je trouve un échos à mes aspirations. Des hommes et des femmes, de tout âges ont investis les lieux, certains font la sieste, d’autres papotent, d’autres tiennent un portable sur les genoux (travailleraient-ils?), un couple de jeunes adolescent nourrissent leur relation. En fait, je me sens moins seul à ne pas travailler. Cela dit, j’entends ma petite voix qui me rappelle que je « devrais » encore rajouter des photos sur mon site, appeler des clients, prospecter, écrire…

 

 

 

 

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Je commence à tendre ma slack quand Benoît me rejoint. Lui aussi ressent une petite tension, deux trois choses à faire, ou à préparer… Soit, pour le moment il reste avec moi. Le temps est doux, à l’ombre des tilleuls centenaires des jardin du Palais Royal. J’enlève chaussures et chaussettes, et pied nu en plein coeur de Paris, dans cet environnement prestigieux, et me réjouis de la douceur de la terre battue sous ma plante de pied. Un groupe de jeunes touristes s’attroupe autour de la slack, quelques uns essaient de monter dessus, jusqu’à l’arrivée des gardiens dont je salue la douceur, le tact et la bienveillance, même s’ils me demandent de démonter l’installation.

 

 

 

 

 

 

 

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Hanieh arrive, et nous commençons à discuter. Le temps passe, doucement, tranquillement… paisiblement serait sans doute le terme le plus adéquat… Benoît retourne à ses besoins de « faire », tandis qu’Hanieh et moi prenons la direction des quais de Seine où nous découvrons une toute autre ambiance, encore plus paisible, légèrement baignée du soleil de fin de journée. Nous discutons de projets, de notre façon de percevoir, tout en respirant ce temps de pause, savourant au passage le cadre urbain trop souvent déprécier par mes contemporains et moi-même. L’idée vient m’amuser que si les personnes qui travaillent pouvaient délaisser leurs tâches ne serait-ce qu’une demi-journée à ne rien faire, la pression retomberait un peu, et la ville tout entière pourrait respirer. Mais je ne suis pas sûr que tous apprécieraient l’expérience. Certaines personnes ont besoin de faire pour se sentir bien. Du moins, est-ce que j’ai cru comprendre.

 

 

 

 

 

C’était une belle journée, et ce que j’ai vu de mes amis aujourd’hui m’a comblé de paix.

 

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1 Comments:

  1. Benoit
    septembre 29, 2016

    Je viens de vivre une expérience singulière.
    J’accueille l’envie de la partager et passe en mode « faire » en écrivant ces mots. C’est superflux, super dans le flux. Donc tout sauf de la productivité : de la créativité, de l’expression.
    J’y viens.
    A l’occasion d’un passage dans mes anciens bureaux, une (ex-)collègue, photographe amateur, m’interroge sur cet ami photographe et nos balades-photos, devinées sur Facebook. J’entends surtout qu’elle exprime le souhait de participer à une prochaine de ces balades « si c’est en dehors des heures de travail ». Ha ha ! Nous sommes déjà au coeur du sujet. Comment répondre à sa demande ? Comment exprimer que ces balades ne sont justement ni planifiées, ni utiles, ni même nommées. Une pure émergence.
    Mon envie d’être en lien, de jouer à joins-les-points et de fertiliser l’oeuvre débutée par l’ami Thierry, m’incite à envoyer le lien de ce blog à la candidate baladeuse-hors-temps-de-travail.
    Me voici de retour ici. A 15h. En train de non-travailler. En plein dans le « I should be working ».
    Et je me vois en photo aux côtés d’Hanieh, puis de Thierry. Mise en abîme. Elles sont belles ces photos. Et douces. Le contraire d’abimé : vu, reconnu. Figurant, acteur, modèle… c’est ma nouvelle vie. Multiactivités. J’ai ouvert mes frontières intérieures et mentales entre être et faire, entre aller et (de)venir, entre travail et repos, entre pro et perso, entre pro et prose, pause, pose, repos, etc. Il y a toujours un cadre, des jours et des nuits, des villes et des territoires, du possible et de l’impossible (pour le moment…), il y a toujours des formes comme l’envoi du temps, l’écran, la feuille, la salle, la place… Donc des bordures, des membranes, des murs, des fenêtres et des portes. Certains murs ont même des oreilles.
    Mon chacal intérieur grogne et juge : ça sert à RIEN ce que tu fais là, mon gars. Crâmer du temps pour écrire dans ce blog… A rien ! T’entends pas le travail qui t’appelle !? Les prospects à appeler, les hectares à fertiliser, les startups à financer, les entrepreneurs à accompagner, les chauves à coiffer et masser… Les besoins du Monde, bordel !! Ces besoins qui rejoignent tes talents. Enfin Benoit, réveille toi !! Agis ! Fais ! Produis !
    Chut… chut… Gentil toutou, du calme, rentre à la niche.
    Et si j’acceptais de m’émerveiller ? C’est du faire, ça, s’émerveiller. Un verbe d’action. Je me sens mieux. Actif, productif.
    Chacal n°2 (ironique) : Et tu fais quoi dans la vie ? T’émerveiller ? C’est un job ça ? Il est cool ton job, ça paye bien, hin, hin ?
    Pfff je me perds. Je disparais dans une faille spacio-temporelle : ce blog, des photos, un écran, « leave a comment »… Ecrire ? Conclure ? Tout effacer ? Fuir vers les notifications de mon téléphone ? Dispersé ! Dis… je suis percé ? Perché ?
    Chacal n°3 (pressé) : ça fait au moins 1h que tu te grattouilles le cerveau avec ton clavier, que tu glandouilles sur ce blog et que tu touilles tes états d’âmes. Rien à f… !
    Ok, ok, Mister Control-freak, on a stoppé là l’exploration… pour le moment. Et reprendre une vie normal, cadrée, productive… Normale quoi. Rejoindre le troupeau. C’est bon, c’est doux, c’est chaud.


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